Orfèvrerie de France

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Ce projet part du postulat que de nombreux couverts répondent avant tout à des problématiques d’image de marque et non d’ergonomie. L’univers du couvert est très conservateur dans ses propositions ou les innovations stylistiques oublient souvent la relation d’usage et la connivence, qui doit exister avec ces outils. Finger à la modeste prétention de répondre à ces deux objectifs, d’usage et d’image.

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Finger, un simple prolongement de la main…
L’harmonie au doigt et à l’œil.


Le service de couverts « Finger » conçu par Jean-Baptiste Sibertin-Blanc pour Orfèvrerie de France est un exemple probant de l’évolution du design actuel. Pour un designer, réaliser des couverts est un exercice des plus délicats. Si la tâche du stylicien consiste bien sûr à rendre un objet raffiné et élégant, il se doit surtout de tenir compte en amont de son ergonomie et en aval de son usage. À la fois instrument, outil, objet d’art et de partage, un bon couvert résulte d’une équation créative à multiples variables. Difficulté supplémentaire : son harmonie formelle doit également résister au changement d‘échelle et de taille, de la précieuse cuillère à moka au large couteau à poisson. « Un couvert, c’est la somme de toutes les problématiques du design, résume Sibertin-Blanc ».

La collection Finger est le fruit d’une alliance féconde entre trois partenaires de renom : Orfèvrerie de France, Entreprise du Patrimoine Vivant, institution incontournable en matière d’art de la table, l’Institut Paul Bocuse de Lyon, dont la réputation en matière de gastronomie n’est plus à faire et Jean-Baptiste Sibertin-Blanc, l’un des rares designers sachant exalter le savoir-faire traditionnel dans une perspective contemporaine.

Retraçons la genèse de Finger. Sa forme initiale naît d’une subtile observation : l’index tendu, prolongeant par un appui léger la préhension d’un couteau ou d’une fourchette, est complice de son usage. « Je profite de l’accident utile engendré par la pression du doigt comme argument esthétique étendu à toute la gamme, explique Sibertin-Blanc ». S’en suit un long et méticuleux exercice de mise au point qui s’apparente à l’orfèvrerie. Des dizaines de croquis, dessins, plans cotés et maquettes sont nécessaires à l’obtention d’un juste équilibre. Trompeur, le couvert peut s’avérer séduisant, mais inefficace. À l’inverse, il peut être ergonomique, mais disgracieux. L’expérience d’un designer au fait des secrets de la matière est un atout indispensable à la bonne tenue du projet. Depuis le début de sa carrière marquée par de nombreux succès durables, Jean-Baptiste Sibertin-Blanc se montre intraitable sur cette alchimie délicate qui consiste à allier matière, ergonomie et esthétique dans un projet, qu’il soit artisanal ou industriel.

Finger, un simple prolongement de la main…
L’harmonie au doigt et à l’œil.


L’histoire de la naissance de Finger ne s’arrête pourtant pas à ce stade. « Il faut toujours avoir en tête ce qui se passe à l’autre bout du manche, précise Jean-Baptiste Sibertin-Blanc, c’est-à-dire la dégustation des mets et leur préparation ». Pour servir de juge, quelle meilleure institution que l’Institut Paul Bocuse, dont la renommée dépasse les frontières et les modes ? Afin d’aborder en confiance le premier test draconien mené par les chefs Patrick Ogheard et Jean Naquin, le designer a pris en compte le fait que le couvert est le premier à entrer en contact avec la nourriture, à déranger, pour le bonheur des papilles, l’équilibre subtil du dressage des plats. Respect donc, lorsque la cuillère à dessert aborde le foie gras et Tuber Aestivum en raviole ou le bouillon de poule corsé. Rituel quasi sacré au moment où le couteau à poisson, subtilement hybridé avec une cuillère, rencontre son homard bleu en déclinaison… Pour la première fois, une gamme de couverts a été conçue en liaison avec un menu, et quel menu ! L’Institut Paul Bocuse annonce « Finger, ou quand le couvert se met à table… ». Une première ? Pas vraiment. La riche histoire des Arts de la table nous apprend que la fourchette moderne est apparue en 1324 à la cour de France dans le dessein de déguster des poires cuites. Plus tard, au début du XIXe siècle, le philosophe gastronome Brillat-Savarin aurait certainement aimé se saisir des pièces de la gamme Finger lorsqu’il devisait ainsi : « La table est le seul endroit où l’on ne s’ennuie jamais durant la première heure ».

La première partie de cette saga inédite s’achève par un succès. Nos chefs, conquis d’emblée, ont même été surpris que l’esthétique puisse enfin s’accorder à leur art si exigeant. La suite ? Tout un chacun ne manquera pas de l’écrire avec peut-être moins de virtuosité, mais autant d’imagination et de plaisir.

Thierry de Beaumont,
Auteur, journaliste, enseignant.
Auteur de l’ouvrage « Culinaire Design » aux Éditions Alternatives Gallimard (avec Marc Bretillot).

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